Mediation familiale : "Pour se marier, il faut un témoin. Comme pour un accident ou un duel." Sacha Guitry

Aujourd'hui, avant toute séparation, les juges ont tendance à insister à

faire préalablement une démarche de médiation entre les époux ;

le médiateur devient le témoin bienveillant des disfonctionnnements du couple...

LA MEDIATION FAMILIALE,



Maïté LASSIME, médiatrice familiale

Une rencontre entre des hommes et des femmes, entre des pères et des mères, des mots qui font sens ...

Quelle place la médiation familiale peut-elle prendre dans les débats que porte SOS PAPA ? Un des enjeux majeurs de la lutte menée par ses adhérents est la reconnaissance de la place et du rôle des pères au sein de la famille, particulièrement quand il y a séparation conjugale. Leur revendication voudrait que la résidence alternée des enfants soit  inscrite obligatoirement dans la loi. Si c'était le cas, tous les pères qui le souhaiteraient pourraient exercer pleinement leur autorité parentale.

Aujourd'hui, cette bataille est loin d'être gagnée. Cependant la loi du 4 mars 2002 marque un tournant décisif par rapport au droit des pères. Elle énonce pour la première fois le principe de la résidence alternée assortie de la coresponsabilité des parents1.  Elle affirme le principe de l'exercice en commun par les pères et les mères de l'autorité parentale. 
Elle entend surtout corriger l'inégalité de fait constatée entre le père et la mère lors de la séparation.
Cette loi témoigne des changements opérés dans la société et particulièrement dans la famille. Elle reconnaît les arguments allégués par les pères pour être reconnus dans leur place et dans leur rôle. Elle légitime leurs revendications. Il n'en reste pas moins que les mentalités sont encore loin d'enregistrer ces changements. Les débats autour de la résidence alternée font rage pourrait-on dire et nombreux sont ceux qui s'y opposent, y voyant une menace pour le bon équilibre des enfants. Entre l'énoncé d'une loi et la perception des changements qu'elle induit, il y a le temps de l'intégration de ses contenus dans les mentalités.
On peut se souvenir de la reconnaissance du statut de divorcés par la loi et du temps qu'il aura fallu pour que les enfants de divorcés cessent d'être montrés du doigt...

Dans le contexte actuel, que peut apporter la médiation familiale ?
Peut-elle être une contribution particulière dans le débat sur la place et le rôle des pères aujourd'hui ?

Avant de tenter une réponse, je voudrais préciser ce qu'est la médiation familiale.

La médiation familiale est entrée sur la scène des conflits familiaux depuis bientôt une vingtaine d’années. Elle reste cependant, aujourd’hui encore, mal connue et relativement peu utilisée malgré les efforts d'information des médias, de la presse, de la télévision, de la justice, voir des services de médiation eux-mêmes qui ne manquent pas d’en tenter des présentations régulièrement.

Rappelons tout d'abord son champ d'intervention.
Elle peut intervenir dans plusieurs situations :
Soit elle est ordonnée par les Juges aux Affaires Familiales au cours d'une procédure de divorce ou de séparation. On parle dans ce cas de médiation judiciaire ou ordonnée. Bien que la nouvelle loi sur le divorce de janvier
2005 incite clairement les juges à ordonner cette mesure,  beaucoup y  sont encore peu favorables, sauf dans des cas où la situation est trop « emmêlée » pour pouvoir être rapidement tranchée. Les accords élaborés pendant la médiation serviront de base au jugement prononcé par le JAF, à condition bien sûr qu'ils aillent dans le sens de l'intérêt de l'enfant.
Soit elle est utilisée volontairement par les parties qui veulent résoudre les difficultés qui les opposent. C'est la médiation volontaire ou spontanée. Il peut s'agir de conjoints qui veulent préparer leur divorce eux-mêmes avant de consulter un avocat ou de concubins qui veulent régler les modalités de leur séparation. Il peut aussi s'agir de personnes qui sont déjà séparées, parfois depuis longtemps, mais qui néanmoins ont du mal à communiquer et qui souhaitent ne pas en rester là. Dans les médiations volontaires, les accords élaborés par les parties feront ou non, selon leur choix, l'objet d'une homologation par le Juge aux Affaires Familiales.
D'autres situations peuvent donner lieu à une médiation familiale, comme le placement d'un parent âgé, un droit de visite et d'hébergement pour des grands-parents, des conflits en matière de succession etc. Volontairement je laisserai de côté ces situations qui ne rentrent pas vraiment dans le débat qui vous occupe.

Restons dans les configurations de séparations de parents, qui est ce qui vous intéresse.

Dans le cadre d'une procédure, même si l'adhésion des parties est indispensable, il s'agit d'une médiation « ordonnée », « subie volontairement » » pourrait-on dire.
Dans les autres situations, il s'agit d'un acte volontaire des parties, pour résoudre des difficultés, voire pour les prévenir. La médiation familiale pourrait même être « préventive ».

Mais qu'elle soit ordonnée ou volontaire, la médiation familiale s’adresse dans la majorité des cas à des parents qui, bien qu’ayant terminé leur histoire conjugale, ne cesseront pas pour autant d’avoir à se voir, à se parler parce qu’au delà de leur histoire d’amour rompue, ils restent les parents de leurs enfants. La clarification, le « désemmmêlage » des liens conjugaux et parentaux sont au cœur du travail de médiation. Cela est en soi difficile puisque les enfants seront toujours les traces vivantes de la rencontre amoureuse de leurs parents, de leur projet de faire famille, qui, à un moment donné, n'ont pu se poursuivre.
Pour des parents, venir en médiation familiale c’est, tout en acceptant l’échec de leur relation conjugale, vouloir continuer d’assumer l’éducation des enfants issus de leur histoire d’amour qui n’existe plus.

Travail de deuil d’un côté, travail de reconstruction de l’autre, s’inscrivent dans un processus particulier nécessitant plusieurs éléments essentiels, un engagement réciproque, du temps, du recul, un cadre.

Un engagement réciproque
Entreprendre une médiation familiale est difficile. Se retrouver en face à face avec la personne avec qui l'on a vécu et vis à vis de qui on a accumulé de lourds griefs est parfois à la limite du supportable. Venir en médiation, c'est accepter de regarder la situation, voire l'échec ou l'impasse dans lesquels on est, mais c'est aussi vouloir les comprendre pour les dépasser. 
C'est aussi et surtout accepter que l'échec du couple ne soit pas le fait d'un seul mais le résultat d'interactions complexes entre les deux. C'est une histoire qui s'est tissée dans le temps entre deux personnes. Ceci est fondamental pour comprendre que du coup la médiation familiale n'a pas pour but de faire gagner l'une des parties contre l'autre, mais qu'elle est là pour faire coopérer les personnes, tenter de les faire se comprendre pour qu'elles trouvent elles-mêmes les meilleures solutions pour leur nouvelle organisation de vie.
On peut comprendre que cette démarche soit douloureuse, difficile, risquée et exigeante. D'où l'engagement réel que demande une telle démarche : croire vraiment en ses propres compétences et en celles de l'autre, penser « malgré tout » que quelque chose est encore possible pour les enfants certes mais aussi pour soi, pour l'autre.


Du temps
Le temps est une donnée essentielle en médiation familiale.
Temps des entretiens qui durent deux heures environ. Temps entre deux entretiens qui permet de réfléchir, de se retrouver, de calmer des émotions trop fortes, d’accepter, d’expérimenter des propositions. Temps d’élaboration par les parents de ce qu’ils vont mettre en place pour leur vie à venir, dans leur nouvelle organisation familiale. Temps du processus de médiation que la justice fixe à trois mois renouvelables une fois. Temps du dialogue qui s’instaure peu à peu grâce auquel des accords entre les parents vont pouvoir être trouvés.
Le temps de la médiation est une alternative féconde au temps judiciaire. Là où la justice manque de temps, la médiation le propose, l’encourage pour que les parties soient à l‘initiative des décisions qui les concernent, trouvent les solutions qui leur conviennent.

Du recul
Vivre une grande souffrance met celui ou celle qui la vit dans une incapacité à se distancer de cette douleur. Ce n'est pas un jugement négatif que je porte, c'est ce que ma pratique professionnelle m'enseigne tous les jours. Or pour pouvoir dépasser un conflit, il faut tenter de le comprendre et pour le comprendre, il faut pouvoir le regarder, donc le mettre suffisamment à distance. Cette distance est très difficile à prendre seul ou dans un face à face, d'où le recours à un tiers, le médiateur.
Le médiateur est extérieur aux difficultés qui opposent les personnes qu'il reçoit. D'autant plus qu'il est soumis à un code de déontologie qui exige de lui neutralité et impartialité. Il est  constitutif de sa fonction de ne pas prendre partie, de ne pas juger. La posture du médiateur est fondamentale et j'y reviendrai par rapport à ce que peut apporter la médiation familiale à SOS PAPA .

Un cadre
Le cadre de la médiation familiale délimite un espace et un temps particuliers, régi par des règles dont certaines concernent plus précisément le médiateur – règles de confidentialité, de non jugement,  d'impartialité, d'empathie – d'autres, les parties en présence - le respect mutuel, l'écoute, parler en son nom, ne pas couper la parole de l'autre – et d'autre encore  s'adressent autant au médiateur qu'aux personnes reçues – la transparence, l'authenticité, l'honnêteté et la liberté, chacun pouvant mettre fin à la médiation familiale à tout moment s'il le souhaite. Ces différentes règles déontologiques permettent de faire de l'espace de médiation un espace protégé, sécurisé, dans lequel la parole peut circuler librement.

Après cette présentation de la médiation familiale, sans doute trop succincte, je voudrais revenir au début de mon propos à savoir quelle pourrait être la contribution de la médiation familiale dans le débat sur le rôle et la place des pères aujourd'hui.

Vous l'aurez compris, la médiation familiale n'a pas d'ambition militante par définition, tout en étant au cœur des débats qui agitent la famille dans son évolution.
Le médiateur familial, dans sa pratique professionnelle, est en dehors de tout jugement, il n'a donc pas de fonction de conseil, ni d'expert. Il n'a nullement le pouvoir de décréter ce qui serait bien pour chacun des parents qu'il a en face de lui. Or, souvent les parties en présence voudraient que le médiateur sache pour eux, qu'il ait la parole « magique » et qu'il puisse conforter chacun dans ses positions. Cette demande est irrecevable parce qu'antinomique avec la déontologie du médiateur.

Pour ma part, quand je suis invitée à venir parler à SOS PAPA, je peux exprimer mon point de vue sur la résidence alternée et j'y suis favorable dans le principe, mais quand je suis en position de médiatrice familiale ce n'est pas mon point de vue qui compte mais ce qui va s'échanger entre les personnes. Et c'est dans cet échange rendu possible par le cadre posé, la déontologie et la posture du médiateur que la médiation familiale va réellement pouvoir contribuer au débat sur le rôle et la place des pères.

Il ne s'agit pas de décréter la résidence alternée. La résidence alternée fait partie des différentes modalités possibles d'organisation de la vie des enfants et de celle des parents après une séparation. Ce qui est remarquable aujourd'hui c'est que la loi reconnaît toutes les possibilités, en d'autres termes, la résidence alternée est légale. Mais elle est exigeante et demande que les parents communiquent entre eux, pour le plus grand intérêt de l'enfant. Dans la résidence alternée, le père et la mère ont à se transmettre presque quotidiennement les informations concernant la scolarité de l'enfant, sa santé, ses loisirs etc, s'ils veulent que le va et vient de l'enfant entre leurs deux maisons soit pour lui source d'enrichissement et d'épanouissement.
C'est là que la médiation familiale peut apporter sa contribution. Comment ? 
En  permettant aux parents de se parler, d'échanger leurs points de vue, de s'écouter, de s'entendre. Il arrive que des parents viennent en médiation en étant convaincus de leur rôle réciproque. Dans ce cas, le travail du médiateur est considérablement facilité. Mais la plupart du temps, les parents ne sont pas d'accord. La résidence alternée est le souhait d'un seul des deux, du père principalement. Le travail du médiateur va consister à permettre l'expression des besoins de chacun, ses attentes, ses craintes, ses résistances et à vérifier que chacun entend l'autre. C'est essentiellement un travail sur la communication.
Un des obstacles à la communication est de penser à la place de l'autre, de croire que l'on connaît l'autre tellement bien que l'on n'a même plus besoin de l'entendre, que l'on sait tout de l'autre. C'est alors qu'il n'y plus d'espace entre moi et l'autre, c'est la confusion. C'est parce que la médiation crée un espace entre les deux que la communication peut, dans le meilleur des cas, s'instaurer à nouveau, que la parole de l'autre peut faire sens et du coup être entendue. L'espace de la médiation familiale est donc un espace de clarification.

Un autre obstacle à la communication est la très grande souffrance que chacun éprouve. La médiation familiale travaille avec les émotions, elle permet qu'elles se disent et qu'elles soient entendues. Ne plus vivre avec ses enfants quotidiennement, et c'est ce que beaucoup de pères vivent dans la séparation, avoir le sentiment de les perdre ou de les abandonner leur est insupportable. C'est pourquoi ce sont eux qui « militent » pour la résidence alternée. Dans l'espace confidentiel et protégé de la médiation, souvent les larmes coulent, les tensions lâchent. Mais chacun se doit de respecter l'autre. Le dialogue qui se renoue dans la médiation va permettre à chacun de dire sa souffrance, sa colère aussi tout en étant assuré d'être entendu de l'autre grâce à la présence du médiateur. C'est dans cet échange de paroles entendues que pourra prendre sens l'organisation des modalités de la résidence des enfants comme la résidence alternée. C'est dans cet échange de paroles que  l'intérêt de l'enfant prendra sens mais aussi l'intérêt des parents.

Vous l'aurez compris, l'espace de la médiation familiale s'inscrit dans un espace plus vaste, celui d'une démocratie familiale pourrait-on dire. Espace des hommes et des femmes, des pères et des mères qui ne peut que se partager. Le rôle des médiateurs est de « faire de la place » pour que chaque parent puisse occuper celle qu'il pense être la sienne et celle que l'autre peut lui concéder. C'est dans la conscience de cet espace volontairement partagé que peut avancer le combat pour la résidence alternée.


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